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CFT : des partenariats locaux pour un développement européen

La Compagnie fluviale de transport / CFT cherche de nouveaux marchés à l’international, ce qui passe par des partenariats locaux pour proposer des prestations de transport classique dans les pays développant l’usage de la voie d’eau ou conquérir des marchés de niche dans les zones à la culture fluviale affirmée. Entretien avec Benoist Grosjean, directeur des marchés pétrole, produits chimiques et gaz de la CFT.


Benoist Grosjean, responsable des marchés pétrole, produits chimiques et gaz à la CFT.

NPI – Après les rapprochements réalisés avec Reederei Jaegers et Blue Line Logistics, peut-on parler d’une « européanisation » de la CFT ?

Benoist Grosjean – Il y a effectivement ce souhait du groupe CFT de devenir de plus en plus européen. Quand on parle de navigation fluviale, le marché est au niveau européen et notre objectif aussi. En maritime, c’est encore plus large. La raison, c’est qu’il n’y a malheureusement plus de croissance sur nos marchés historiques, surtout dans le pétrole, la chimie et le gaz. En France, on ferme des raffineries, alors qu’en zone ARA (Anvers, Rotterdam, Amsterdam), on investit encore massivement dans l’outil de raffinage. Nous subissons ainsi une érosion de notre chiffre d’affaires, sans pouvoir la compenser par de nouveaux trafics. Toute société ayant vocation à croître, il faut aller chercher la croissance là où elle se trouve. D’une part, dans des marchés de niche, ce qui nécessite de l’innovation, d’importants investissements et comprend immanquablement une part de risque ; c’est ce que nous faisons par exemple avec la société Jaegers. D’autre part, en regardant les opportunités que présentent de nouveaux marchés comme l’Italie, l’Angleterre ou l’Europe de l’Est.

NPI – La perspective de l’ouverture du canal Seine-Nord vous pousse-t-elle aussi à vous tourner davantage vers l’Europe ?

B. Grosjean – Avec l’ouverture, demain, du canal Seine-Nord Europe, les bateliers néerlandais, depuis Rotterdam, pourront par exemple charger des conteneurs pour Gennevilliers sur des barges de grand gabarit. Nous connaîtrons ainsi une nouvelle concurrence, qui n’existe pas directement aujourd’hui. Or les réglementations, notamment sociales, ne sont pas les mêmes en France et dans le reste de l’Europe ; c’est pourquoi nous devons nous préparer à cette évolution. En partageant dès aujourd’hui les investissements et les risques avec des acteurs de la zone ARA, nous pouvons nous enrichir mutuellement, pour répondre toujours mieux aux exigences de nos clients internationaux, qui sont souvent les mêmes de part et d’autre de la frontière. Il s’agit à la fois de réduire le risque, qui est élevé pour ces marchés de niche qui nécessitent de lourds investissements, et de créer des alliances nous permettant de mettre un pied dans le marché européen.

Sur les marchés fluviaux émergents, la CFT peut faire valoir son expérience, en particulier dans les domaines soumis à des normes de sécurité contraignantes comme le transport citerne. (Photo CFT)

NPI – Quelle forme prend cette coopération ?

B. Grosjean – Nous ne sommes pas acteur physique en zone ARA, nous privilégions davantage des accords avec des opérateurs locaux, comme peut l’être Jaegers dans le projet « Lapresta ». Il s’agit, en miroir, du même type de partenariat que celui tissé avec la société néerlandaise Chemgas sur le Rhône depuis vingt ans : CFT gaz est opérateur, tandis que Chemgas apporte sa connaissance du gaz liquéfié. Nous avons aujourd’hui cinq bateaux en commun sur le Rhône. Comme Chemgas est une filiale du groupe Jaegers Reederei, nous avons tout naturellement proposé à ce dernier de créer une société commune lorsque Total nous a sollicité pour la construction d’une barge pour le transport de bitume. Jaegers est bien implanté localement et connaît les contraintes du transport de bitume. De notre côté, nous avons de très bonnes relations avec Total et avions déjà développé un design pour ce type d’unité.

NPI – D’autres coopérations sont-elles envisagées ?

B. Grosjean – Un appel d’offres est en cours, auquel nous avons répondu avec la même philosophie que dans la coopération mise en place avec Jaegers : il s’agit d’une barge innovante, qui naviguera en zone ARA et sera exploitée en coopération avec un partenaire local qui fait figure d’acteur de référence dans son domaine de compétence.

NPI – Quelle est la stratégie de la CFT en ce qui concerne les marchés fluviaux émergents ?

B. Grosjean – Pour ces marchés, nous développons là aussi une approche partenariale, mais sans nous limiter aux marchés de niche comme nous le faisons dans les zones les plus matures pour le transport fluvial. Les marchés que nous considérons comme émergents et où des opportunités de croissance existent pour la CFT, sont l’Italie ou la Grande-Bretagne par exemple, qui redécouvrent le transport par voie d’eau. Ou encore l’Europe de l’Est, qui fait face à l’évolution réglementaire importante que constitue l’obligation du passage à la double coque en 2019 pour le transport de produits pétroliers, sans avoir la capacité à investir pour renouveler la flotte. La clef d’une implantation en dehors des frontières françaises, c’est avant tout un partenariat fort avec un acteur local qui connaît le marché et la réglementation et est présent sur place ; la logistique et le transport restent en effet des métiers de proximité.

Propos recueillis par Etienne Berrier